Les textiles de bambou: la controverse


Les tissus à base de bambou ont semé la controverse chez les environnementalistes. Il y a mésentente pour savoir s'il s'agit de textiles écologiques ou non.  Explorons ensemble pourquoi l'impact potentiel des textiles de bambou sur l'environnement soulève ce débat. 

Une matière première brute durable 

Le bambou est une des plantes qui possède la croissance la plus rapide et elle est considérée comme invasive. Elle a donc tendance par elle-même a se sur-développer. Le tronc de la plante de bambou contient des substances anti-bactériennes qui lui permettent de se défendre par elle-même contre les insectes et les champignons. C'est ce qui fait que le bambou ne nécessite aucun pesticide pour lui assurer une belle croissance.  De plus, le bambou nécessite 4 fois moins d'eau que le coton. Les forêts de bambou absorbent jusqu'à 30% plus de CO2 et libère jusqu'à 30% plus d’oxygène que les autres types de forêt. Son rendement par hectare est parmi les plus élevés bien qu'il prenne de 3 à 5 ans pour atteindre sa maturité. Grâce à sa provenance végétale, sa fibre est biodégradable.

Pour toutes ces raisons, le matériel brut associé aux textiles de bambou est considéré comme écologique et durable. Cette plante n'a toutefois pas la capacité de croître sous nos climats et provient majoritairement de la Chine.

Comme toutes les forêts, la récolte du bambou fait qu'il n'échappe pas à la déforestation. Les Nations Unis ont levé un drapeau rouge à ce sujet en 2004 et depuis, plusieurs études et plusieurs actions de redressement plus ou moins efficaces ont été effectuées. 

Il existe deux types de textiles faits à partir de bambou.  Le premier est nommé le bambou lin et le second porte les appellations de rayonne, viscose ou modal de bambou. 

Bambou lin

Ce type de textile est converti en fil sans agent chimique. Un procédé mécanique semblable à celui utilisé pour tisser le lin est mis de l'avant. La plante est d'abord broyée pour ensuite être transformée en pulpe grâce à des enzymes naturels. La fibre est enfin peignée, puis filée.  Comme ce procédé est mécanique et naturel, il est considéré comme étant 100% écologique.  Toutefois, ce textile est encore très rare et à cause de sa rareté, il est très dispendieux ce qui en fait un produit de luxe. 

Rayonne, viscose ou modal de bambou

Cette deuxième technique est de loin la plus populaire. Elle nécessite toutefois l’emploi de produits chimiques. Les produits chimiques utilisés sont du soude, du sulfure d'hydrogène ou encore sulfure de carbone. Son procédé de transformation fait que ce textile est considéré comme semi-synthétique. C'est de loin le textile de bambou le plus accessible sur le marché. De plus, Mistra Futur Fashion, un organisme suédois explique que lorsque le bambou est soumis à un processus de rayonne, le textile perd ses propriétés anti-bactériennes. 

 

Comparaison avec le coton

Tout d'abord, contrairement au bambou, il est à considérer que le coton traditionnel nécessite une quantité phénoménale d'eau, de terres cultivables et de pesticides. Aux États-Unis, le plus important exportateur de coton au monde, la culture du coton représente près du quart de l'utilisation des pesticides nationaux. Une fois récoltées, les fibres sont lavées et blanchies au chlore qui a aussi des effets néfastes sur l'environnement.

Une étude sur les caractériques physiques du bambou a été entreprise par deux chercheurs indiens: Ajay Rathod et Avinash Kolhatkar. Leur recherche comparait un textile 100% bambou et un autre textile mélangé de 50% bambou/50% coton. Les résultats de leur recherche démontrent que le tissu composé de 100% de bambou présente une résistance globale (rupture, déchirement et usure) nettement plus élevée que le tissu en bambou-coton. 

Rathod et Kolhatkar cite aussi une autre étude réalisée par Serkenden (2011). Cette dernière énonce que le textile de bambou possède une fibre plus élastique et peluche moins. Il présente aussi une forte absorption et nécessite moins de colorant que les tissus de coton pour être teints au niveau désiré. Ils absorbent donc mieux et plus rapidement les teintures pour atteindre les résultats souhaités.

Nous considérons que bien qu'imparfait, le textile de bambou (lin ou rayonne) à certainement moins d'impact que les textiles de coton ou de polyester à base de pétrole. 

Et alors?

Nous avons vu qu'à la base le textile de bambou provient d'une matière première écologique et durable. Nous savons maintenant qu'il existe une possibilité de transformer cette matière première en textile quasi parfaitement écologique.  Toutefois, les textiles de bambou les plus commercialisés subissent un traitement chimique. En contre partie, bien qu'imparfait, nous considérons qu'il est grandement favorable de se vêtir de vêtement à partir de rayonne de bambou qu'à partir de vêtements de coton à la fois plus polluants et moins résistants.  Nous considérons aussi que les textiles de bambou sont largement plus écologiques que les polyesters faits à partir de pétrole et que le vêtement de bambou rencontre plusieurs caractéristiques du textile écologique recherché et le considérons comme tel.  Nous aimerions toutefois que la technique du bambou lin devienne plus accessible ou encore que le procédé de rayonne puisse être fait sans utilisation de produit chimique. 

Écologiquement vôtre, 

www.eco-loco.ca  

Lectures complémentaires: 

Le bambou, un tissu écologique?

Le bambou, une fibre écologique?

Le bambou:  solution écologique ou arnaque industrielle?

Références autres que celles liées:

Cité: Filiz Sekerden, “Effect of Fabric Weave and Weft Types on the Characteristics of Bamboo/Cotton Woven Fabric” Fibre & Textiles in Eastern Europe, Vol.19, No. 6(89),PP.47-52, 2011

Photos:  Alex KedaHenri PhamKazuend, Trisha Downing et Karly Santiago sur Unsplash

 


Article précédent Article suivant


Laissez un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approvés avant d'être affichés